Quantcast

Mardi 28 avril 2 28 /04 /Avr 15:57

Vous l'aurez sans doute constaté, ce blog s'est enrichi aujourd'hui d'un design flambant neuf, aussi médiatique que féminin. Ce magnifique travail est l'oeuvre de la graphiste Céline Ananian, qui exerce ses talents chez BeeMoov. Pour un aperçu plus complet de ses créations je vous invite à visiter son blog et son site Internet.


Encore mille mercis à toi Céline, pour ton sens de l'écoute, pour ton imagination débridée, pour tout !

Par Géraldine Oury - Publié dans : Bloc-notes
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 21 avril 2 21 /04 /Avr 15:06


La nouvelle vient de tomber : l'émission « un dîner presque parfait », qui rencontre un large succès depuis son lancement, va bientôt être déclinée sous forme de magazine papier. L'occasion de faire un petit retour sur le principe du programme, avant de me risquer à quelques hypothèses sur ce drôle de projet multi-médiatique.

 

 

Dis moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es

 

 

Rappelons donc les principes de base de l'émission : du lundi au vendredi, cinq passionnés de cuisine s'invitent à dîner à tour de rôle. Au terme de chacune des soirées, les convives notent leur hôte sur trois critères : la qualité de sa cuisine bien entendu, mais aussi la beauté de sa décoration de table et l'ambiance générale du dîner. Chaque vendredi soir, le candidat ayant obtenu la meilleure moyenne gagne la somme de 1000€ et le titre de « meilleur hôte de la semaine ».


Je ne suis certes pas un cas d'école, mais pour ma part si l'émission m'amuse et me séduit depuis ses débuts, c'est bien sûr pour son ambiance culinaire, mais aussi et surtout pour l'esprit de compétition et le type de rapports humains qu'elle génère entre les candidats. J'ai d'ailleurs tendance à penser que l'aspect culinaire de la chose n'est presque qu'un cadre, un riche prétexte à la confrontation entre personnes issues de milieux souvent très différents. Un élément qui me conforte dans cette idée : les recettes sont toujours passées en revue très vite, le programme n'a que très peu de valeur « pédagogique » en matière de cuisine et d'arts de la table. Mais cette ambiance là me semble riche et intéressant sur un autre plan : en effet nos goûts et nos dégoûts alimentaires nous trahissent souvent, en laissant entrevoir nos petites névroses et autres obsessions parfois gênantes. Les candidats à cette émission ne font généralement pas exception à la règle, ce qui génère nombre de situations amusantes et instructives sur le genre humain, du petit conflit au gros fou rire, en passant par de jolis moments de complicité. Par conséquent, ce projet de déclinaison papier de l'émission m'a semblé, à première vue, difficilement imaginable ou compréhensible. Comment retranscrire ce charme télévisuel sur papier glacé ?

 


Dînez « presque parfait » chez vous !

 


D'après mes sources d'information, « Un dîner presque parfait » version papier proposera tout simplement au lecteur des « packages » de dîners à thème, incluant évidemment recettes, mais aussi conseils déco et idées d'animations et de jeux. Out la dimension humaine, donc. On peut cependant s'attendre à retrouver les astuces des meilleurs candidats de l'émission. Mais à l'évidence, cet aspect humain et relationnel ne pourra pas être placé au centre de la publication. Par conséquent, « Un dîner presque parfait » sera probablement une sorte de magazine de coaching en « savoir-recevoir ». Il s'agira donc d'un complément à l'émission télé, et pas d'une déclinaison. Par ce biais, le magazine permettra de faire véritablement entrer le téléspectateur dans l'univers de l'émission, en lui donnant des clés pour reproduire chez lui ce qu'il y voit.


La question est la suivante : bien, mais pour quel public ? Les téléspectateurs de l'émission sont-ils vraiment en attente de cela ? D'ailleurs sont-ils plutôt amateurs de cuisine, amateurs de téléréalité, les deux à la fois ? Quoiqu'il en soit, acheter cette revue supposera à priori de vraiment aimer cuisiner et recevoir. D'autant que le site de l'émission est déjà très complet, et donne gratuitement accès à toutes les recettes des candidats.


D'autre part, la cuisine grand public est un univers hyper-concurrentiel. On trouve toutes les recettes possibles et imaginables sur Internet, de la plus classique à la plus originale. La plupart des livres de cuisine d'aujourd'hui fonctionnent déjà par thématiques, et il n'est pas rare d'y trouver des conseils pour bien choisir son vin, ses accompagnements etc. Bref, l'amateur est déjà ultra-informé. Il dispose de tout ce dont il a besoin pour organiser un beau dîner à thème, et même plus encore. Enfin, pour autant qu'il diversifie ses sources d'information, et qu'il fasse preuve d'un peu d'imagination pour « mixer » le tout à sa façon. En proposant directement un « coaching complet », un concept de dîners "clés en main", le nouveau magazine concept d'M6 trouve une niche inédite, donc à priori plutôt intéressante commercialement. Difficile d'en dire davantage sans avoir la fameuse revue entre les mains. La suite, donc, aux environs de la mi-mai.


Quoi qu'il en soit, si le concept fonctionne et trouve son public, on peut imaginer qu'il ouvrira la porte à une déclinaison papier de nombreux autres programmes de téléréalité, et donc à un genre médiatique encore inédit à ma connaissance. Je pense en particulier aux programmes orientés « coaching »... Ainsi découvrivrons nous peut être bientôt, qui sait, des magazines d'éducation estampillés « le Grand frère » ou « Super nanny », une revue mode et beauté façon « belle toute nue » ou « nouveau look pour une nouvelle vie », ou encore un journal de déco parrainé par Valérie Damidot (après les livres et les DVD, qui existent déjà). Affaire à suivre.

Par Géraldine Oury - Publié dans : Multimédia, Multi-médias
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 13 avril 1 13 /04 /Avr 20:00




Ma dernière visite au kiosque à journaux m'a aussi permis de découvrir un bimestriel qui m'avait échappé jusqu'à présent : Style Papers. Un drôle de féminin, totalement centré sur la mode, qui a choisi d'occuper un créneau largement délaissé par la concurrence. En effet, l'ambitieuse promesse de Style Papers est de donner à ses lecteurs toutes les astuces et les bonnes adresses à connaître pour arborer un look des plus pointus et furieusement trendy. Les dernières tendances, et la bonne manière de se les approprier en fonction de son budget et de sa silhouette.






Le positionnement est particulièrement bien trouvé. En effet, les lectrices de Cosmopolitan, Elle ou encore Vogue sont nombreuses à regretter le manque d'accessibilité des rubriques modes de leurs magazines préférés. Et c'est un point de vue que l'on peut comprendre. Les pages mode des féminins présentent le plus souvent des tenues de grand luxe, extrêmement coûteuses et donc réservées à une élite. Le tout dans une mise en scène généralement très recherchée, hyper travaillée au niveau de l'esthétique, qui va souvent jusqu'à suggérer le vêtement au lieu de le montrer. Difficile donc de se faire une idée claire de ce que l'on voit, et plus encore de s'imaginer le porter.


Ce parti-pris a une explication simple : ces pages n'ont rien d'un guide d'achat et aucune vocation pratique. Elles sont là pour faire rêver la lectrice, pour lui faire respirer le parfum des nouvelles tendances et lui permettre de s'en inspirer lors de ses virées shopping. Mais très peu de clefs sont données : c'est à elle de s'approprier ce qu'elle a vu et de dénicher des pièces à la fois moins chères et branchées. A elle aussi de savoir ce qui lui va et ce qu'elle osera porter. Difficile mission futile : toutes les femmes ne sont pas des modeuses hors-pair, et il y a fort à parier que beaucoup d'entre elles apprécieraient d'être davantage conseillées par leurs magazines.




Une ou deux fois par an, les féminins déjà cités sortent tout de même leur dossier « petit prix ». Mais là encore, ils ne satisfont pas totalement les lectrices avides de conseils pratiques et à leur portée. La lettre de Florence, parue dans le courrier des lecteurs du Style Papers n°10 est symptomatique de ce désir insatisfait : « je tenais à souligner le tour de force de votre dossier mini-prix car, contrairement à beaucoup d'autres magazines, vous nous proposez des tenues à des prix vraiment abordables. Enfin de vrais mini-prix, bravo ! ».






Ces quelques lignes résument assez bien l'apport de Style Papers au paysage de la presse féminine française : un apport à la fois pratique et pédagogique, pour ne pas dire « démocratique ». D'abord, la vedette du magazine, c'est le vêtement. Celui-ci est le plus souvent présenté sur fond neutre, et fréquemment seul, sans mannequin pour le mettre en valeur. On est très loin des superbes séries d'images réalisées par de grands photographes que l'on trouve chez la concurrence. Mais on voit mieux, et on a donc beaucoup plus de facilités à s'imaginer porter ce que l'on a sous les yeux.


Dans la même logique, quand Cosmopolitan annonce par exemple que le pantalon Carrot sera le « must-have » de la saison, Style Papers expliquera aussi qui peut se permettre de le porter, comment l'assortir avec élégance et quel modèle choisir en fonction de son budget. Quand Elle nous montre des images des défilés printemps-été, les photos se passent de commentaires. Dans Style Papers, elles sont accompagnées de conseils, de légendes et de commentaires qui orientent la lecture et aident à s'approprier ce que l'on voit. Le tout assorti de nombreuses pages consacrées aux questions et aux demandes de conseils des lectrices. « Quelles sont les astuces pour sublimer mon regard en soirée ? », « Que faire de mon boyfriend jean cet été ? Dois-je le rendre à mon fiancé ? »... Les rédactrices de Syle Papers ont réponse à tout.




Pour résumer, Style Papers s'intègrerait à merveille dans deux collections de livre à succès... et y deviendrait « La mode pour les nulles », ou encore « la mode pour les paresseuses ». Une démarche vraiment intéressante, utile, car complémentaire de ce qui existe déjà et adaptée aux besoins et aux envies de nombreuses femmes. Ces femmes qui ne sont pas nécessairement passionnées de mode, qui n'ont pas un corps de top-model et qui sont parfois un peu perdues dans les boutiques... Mais qui ont évidemment envie d'être belles, dans l'air du temps et bien mises en valeur par leurs vêtements.

 

http://www.stylepapers.com/

Par Géraldine Oury - Publié dans : Presse écrite
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Samedi 11 avril 6 11 /04 /Avr 21:55

Face à la crise économique qui secoue actuellement notre pays, les responsables de publication de la presse magazine de divertissement semblent pour la plupart osciller entre deux parti-pris opposés : faire rêver le lecteur, lui changer les idées, ou au contraire le coacher pour l'amener à s'adapter et à faire front. La revue quinzomadaire Tips, dont je viens de découvrir le tout premier numéro dans mon kiosque à journaux, a opté pour un choix radical et tranché.


D'ailleurs, le ton est donné dès le sous-titre. Tips, c'est « le premier magazine anti-crise ». Et sa vocation, comme son nom l'indique, est de donner au lecteur conseils et astuces pratiques pour mieux consommer. Économiser sans se priver. Voilà ce qui semble être le maître mot. Le tout en quatre grandes rubriques principales (people, mode, société et coaching), très similaires à celle de la plupart des magazines féminins. Un petit plus toutefois, qui affiche là encore très clairement son parti-pris pratique : la rubrique « les bons plans de la quinzaine »... Ces bons plans, ce sont tout simplement des coupons de réduction à découper, valables à l'achat de toutes sortes de produits et de services. Cela va de la croisière en bateau sans permis (100€ de réduction) aux produits de grandes consommation, en passant par une authentique curiosité échappée du concours Lépine : LaPaC, ou la pince à chaussettes qui évite les mélanges entre paires après le lavage (4 pinces offertes pour un lot de 24 pinces achetées). Un bel exemple d'association entre le publicitaire et le rédactionnel, pour le pire ou pour le meilleur. Question de point de vue.

 

Les prix avant tout


Ce qui frappe immédiatement l'oeil, c'est aussi la multitude de prix affichés, y compris sur la couverture, en caractères noirs sur fond jaune... Des étiquettes qui rappellent d'ailleurs étrangement les affichages flashy-fluos des bazars du type « la Foir'fouille ». Ici, on affiche clairement sa vocation de magazine pratique et on espère attirer le lecteur en lui soumettant de vraies bonnes affaires, sans avoir peur de mettre en vedette le prix des choses. Ce parti-pris va encore plus loin : en effet, les rédacteurs de Tips osent porter un jugement sur la valeur des objets qu'ils présentent. En page 4, on peut par exemple admirer un sac de luxe de la créatrice britannique Stella Mc Cartney, accompagné de la légende suivante :


« Dans un souci d'élégance comme de respect de l'environnement, Stella McCartney sort une collection de sacs conçus en matériaux recyclés. Seul bémol : leur prix... 945€. »


Chacun sait pourtant que le luxe a un prix. Élevé, la plupart du temps. Chacun sait aussi que lorsque des vêtements et accessoires de grands créateurs sont présentés dans les magazines féminins, c'est généralement dans le but de faire rêver la lectrice et de lui permettre de s'inspirer des dernières tendances. Preuve en est, le pudique « prix sur demande », si fréquent dans ce type de presse. Le secteur du luxe entretient un certain mystère dans sa politique de communication, et s'appuie sur l'idée de rareté. C'est sans doute ce qui le rend si désirable pour beaucoup d'entre nous, et aussi ce qui fait de l'acte d'achat un moment un peu magique, qui peut amener le consommateur à se sentir un être d'exception, un vrai privilégié, l'espace d'un instant.

 

Un féminin pratique, au détriment du rêve


Par conséquent, ce produit avait-il vraiment sa place dans les pages d'un magazine comme Tips, qui plus est au milieu d'une double page présentant vêtements et accessoires bon marché ? La seule explication qui me paraisse satisfaisante serait liée à leur volonté de démythifier le luxe, de casser le désir irrationnel qu'il génère.


Le contenu de la double page en question est très révélateur de cela : le sac Stella McCartney, comme je vous le disais, est présenté au milieu d'articles certes écolos et éthiques mais de valeur très inférieure, toujours accompagnés de la fameuse étiquette jaune qui met en valeur leur prix. Et lorsque l'on fait le total, on s'aperçoit que le sac à lui seul coûte à peine moins cher que la totalité des autres objets de la page. CQFD. « Acheter un sac de luxe en temps de crise, ce n'est pas malin, regardez donc tout ce que vous pourriez avoir pour à peine plus cher ».


En adoptant ce parti-pris, Tips s'éloigne de la presse féminine pour se rapprocher des magazines « conso », évidemment bien plus terre à terre. Plus précisément, Tips propose une vision « conso » sur des sujets qui étaient jusqu'à présent la chasse gardée des féminins. En se positionnant ainsi, environ à mi-chemin entre les deux, cette revue trouve un créneau encore inexploité à ma connaissance. Reste à savoir si elle trouvera son public, ce qui reviendrait à répondre à une question épineuse : l'air du temps est-il à la rêverie, à la fuite de la réalité ou au pragmatisme et à la combativité ? Je ne m'y risquerai pas.

Par Géraldine Oury - Publié dans : Presse écrite
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 19 mars 4 19 /03 /Mars 16:14

Le professionnel du marketing ne me contredira sans doute pas là dessus : les comportements de consommation des adolescents sont volatils, inconstants, particulièrement difficiles à saisir. Fidéliser ce public représente par conséquent un véritable challenge pour les marques, qui y parviennent avec plus ou moins de succès, et rarement sur la durée. C'est d'ailleurs ce qu'expose, entre autres, Magali Sombandhit dans son article sur le sujet.

 

« (…) L'enjeu est d'autant plus dur que les ados ont une conscience aiguë de la marque. En effet, même s'ils semblent attachés aux marques, ils sont de moins en moins proches de celles-ci et adoptent une attitude très changeante à leur égard. »

 

Aux dires des spécialistes, nous aurions donc affaire à une authentique génération de « zappeurs » à l'humeur changeante. Par conséquent, une fiction qui les captive malgré ses milliers de pages, qui les amène à se rassembler en « tribus », soudées à la manière des fans-clubs, qui stimule leur créativité... me semble mériter largement que l'on s'y intéresse de près. Et c'est justement le cas de la saga « Twilight », imaginée par la romancière américaine Stephenie Meyer. Une tétralogie romanesque dont le premier volet vient d'être adapté sur grand écran, avec pour titre « Révélation ». Le film, signé par la réalisatrice Catherine Hardwicke, réalise actuellement d'excellentes performances au box-office, et donne par la même occasion une ampleur encore plus importante au phénomène.

 

Je vous propose donc un petit tour d'horizon du phénomène, destiné aux adultes intrigués que nous sommes... Mes réflexions se basent pour l'essentiel sur un visionnage du film, ainsi que sur une exploration en règle des blogs et autres forums de fans. D'abord de quoi s'agit-il, mais surtout pourquoi et comment les ados s'en sont-ils emparés avec tant d'enthousiasme ? Des éléments de réponse qui, je l'espère, nous permettrons de saisir un peu mieux ce qui fait vibrer ce public difficile...


Twilight, le pitch

 

« Isabella Swan, 17 ans, déménage à Forks, petite ville pluvieuse dans l'Etat de Washington, pour vivre avec son père. Elle s'attend à ce que sa nouvelle vie soit aussi ennuyeuse que la ville elle-même. Or, au lycée, elle est terriblement intriguée par le comportement d'une étrange fratrie, deux filles et trois garçons. Bella tombe follement amoureuse de l'un d'eux, Edward Cullen. Une relation sensuelle et dangereuse commence alors entre les deux jeunes gens : lorsque Isabella comprend que Edward est un vampire, il est déjà trop tard. » (source Allocine.fr)


Comme l'indique ce petit résumé, Twilight est avant tout une histoire d'amour. Une histoire d'amour teintée de fantastique, puisque la jeune héroïne s'éprend passionnément d'un beau vampire prénommé Edward. Un beau vampire plutôt du genre inoffensif qui plus est, puisqu'exclusivement consommateur de sang animal, comme tous les membres de sa famille. Oui, car chez Stephenie Meyer, les vampires sont fort bien intégrés à la société des américains moyens : ils vivent en famille, dans des maisons modernes et lumineuses, ils jouent régulièrement au baseball, ils travaillent, ils sont scolarisés etc.   Ce qui ne les empêche pas de se montrer méfiants, distants et mystérieux envers ceux qui les côtoient. Avec Isabella, dite Bella, c’est différent. L’attraction entre elle et Edward est immédiate, irrépressible pour l’un comme pour l’autre. C’est ce que l’on appelle le coup de foudre.

 

Twilight, les chiffres

 

Voici quelques éléments tirés du blog http://twilight-france.blogspot.com permettant de prendre la mesure du phénomène :

Un article du journal américain Kansas City Star revient sur le buzz international qu'ont provoqué les livres de Stephenie Meyer et le film de Catherine Hardwicke. Et toutes ces données et autres statistiques sont impressionnantes !

*** Extraits traduits ***


Entertainment Weekly
va consacrer une de ses prochaines couvertures à Twilight, coiffant au poteau le prochain film de James Bond.
Les tickets pour la projection d'un extrait de Twilight de 15 minutes au Festival international du film de Rome se sont vendus comme de petits pains. Une autre séance va sans doute programmée.
La fiche IMDb de Twilight est la septième fiche de film la plus consultée du site. La fiche IMDb de Robert Pattinson est plus consultée que celles de Brad Pitt ou Will Smith.
Le site officiel du film a été visité plus de 8 millions de fois, soit plus que d'autres sites de film tout au long de leur durée de vie.
Depuis qu'elle a été postée sur MySpace, la première bande-annonce de Twilight a été visionnée plus de 4 millions de fois, c'est-à-dire autant qu'Indiana Jones et le crâne de cristal.
La deuxième bande-annonce a été vue 1,6 millions de fois pendant les 3 premiers jours.
La troisème et ultime bande-annonce de Twilight a dépassé les 3,5 millions visionnages en 48 heures !
Les 4 livres de la saga Twilight se sont vendus à plus de 17 millions d'exemplaires dans plus de 37 pays !
Au total, les 4 tomes ont été n°1 au classement des meilleures ventes de livres du New York Times pendant 47 semaines.
Lors de sa parution aux Etats-Unis, Breaking Dawn (Révélation en France) , a été écoulé à plus d'1,3 millions d'exemplaires dans les premières 24 heures.

 


Twilight, la recette du succès : quelques hypothèses

 

 


Le genre saga, le feuilleton : un classique des productions à succès destinées aux ados


Que l’on parle de cinéma (avec Harry Potter, Les mondes de Narnia, Le seigneur des anneaux), de séries télévisées (depuis Hélène et les garçons jusqu’à prison break) ou de littérature (Le seigneur des anneaux encore…), le feuilleton, la saga sont des genres qui ont la cote auprès des ados. Avec ses milliers de pages, déjà en partie adaptées au cinéma, Twilight ne fait évidemment pas exception à la règle.  Pourquoi ce goût pour les récits au long cours ? D’abord, et peut-être comme beaucoup d’entre nous, les ados n’aiment pas avoir à quitter des personnages auxquels ils sont attachés. Qui plus est, plus le récit est long, plus ses héros deviennent proches et prennent de la place et de l’importance dans la vie du lecteur / spectateur. La passion, la « fan-attitude » peut alors s’inscrire dans la durée et s’exprimer à plein sans tourner en rond. Elle est entretenue par la succession des épisodes de la série, comme par l’attente de nouveautés, et permet des regroupements en « tribus » de passionnés. Et dieu sait à quel point les ados aiment à se regrouper au sein de tribus et de communautés… D’autre part, le genre feuilletonesque me semble être celui qui permet le plus de réappropriations créatives, souvent qualifiées de fan-art dans ce type de cas.

 

Un univers romantique mais asexué, pur, donc rassurant


On ne peut que rapidement constater que l’ensemble du film est porté par une métaphore lourde de sens : celle du vampire qui résiste envers et contre tout à sa soif de l’être aimé. Edward est taraudé par son désir de mordre Bella, mais il tient bon, vaille que vaille, et se maintient ainsi résolument dans le camp des « bons » vampires. C’est autour de cette idée principale que se construit une relation amoureuse passionnelle, fusionnelle mais parfaitement platonique entre les deux adolescents, qui en ressortent d’ailleurs à la fois préservés et grandis. Nombreux sont les critiques cinéma à y voir une malsaine apologie de l’abstinence sexuelle chez les adolescents, particulièrement en vogue au pays de l’Oncle Sam. Ce type de critique ne m’intéresse pas tellement : c’est indéniable, les adolescents sont enthousiasmés par cette saga et ce type de propos ne permet en rien de mieux comprendre le phénomène. C’est leur rôle, les critiques cataloguent le film en portant dessus un jugement esthétique et moral. En tant que professionnelle de la communication, je préfère me demander pourquoi cet univers très métaphorique, teinté de pudeur et de réserve amoureuse, émeut tant les jeunes d’aujourd’hui.


En l’occurrence, on peut penser que cette retenue entre les deux amoureux est quelque chose de véritablement rassurant pour le jeune public, encore très peu familier des choses de l’amour et de la sexualité. Pour renforcer cette hypothèse, on remarquera à quel point les personnages du film sont androgynes, voire asexués, et offrent une image douce et peu affirmée de la masculinité et de la féminité. Dans un monde ou la sexualité est souvent montrée et exposée de façon très violente voire effrayante, la pureté et la retenue des amoureux de Twilight ne peut que faire figure d’îlot rassurant pour un public encore naïf sur le sujet. Sur ce point, la réception de la saga Twilight rejoint totalement celle de la série Hélène et les garçons, décortiquée par la sociologue Dominique Pasquier dans un passionnant article intitule Chère Hélène, les usages sociaux des séries collège, et paru dans le numéro 70 de la revue Réseaux.


En résumé


Dominique Pasquier souligne dans son article le fait qu’  « il y a de toute évidence une façon de voir cette sitcom qui est propre aux enfants ». Car c’est indéniable, les décors pastels sont atrocement laids, les rires enregistrés et les dialogues sonnent faux... et le jeune public de la série ne le renie pas. En revanche, ils considèrent les sentiments évoqués comme des sentiments « vrais ». De ce fait, l’engagement dans le récit est bien particulier car totalement lié aux grandes préoccupations de la fin de l’enfance et du début de l’adolescence. Au début des années 90, avec Hélène et ses amis, on découvre et on apprend les rôles sexuels, le langage de l’amour, et en même temps on se rassure  par rapport à l’avenir et par rapport à la réalité. Pour le dire différemment, Pasquier attribue à Hélène et les garçons une fonction palliative, elle la décrit comme une série qui, dans le contexte de l’époque, vient combler un manque. Les enfants y trouvent des réponses rassurantes à des questions inquiétantes, et auxquelles ils ne trouvent pas forcément les réponses autour d’eux. Elle pointe également un décalage générationnel, avec des adultes élevés dans les principes d’émancipation de mai 68 qui considèrent la série comme totalement absurde. Parallèlement et paradoxalement, ceux-ci n’intègrent pas le fait que leurs enfants se posent de plus en plus jeunes des questions liées à la sexualité et qu’ils puissent ressentir beaucoup de craintes par rapport à ça, dans un monde parfois effrayant, empli d’images agressives de la sexualité et des rapports amoureux. Dans Hélène et les garçons, les rapports amoureux sont simples, romantiques et platoniques. Les rôles entre filles et garçons sont clairement définis. De quoi se rassurer pour les adolescents, et rêver à un avenir clair, simple et souriant.


Un univers irréel, fantastique, mais des sentiments « vrais »


Nous venons de le voir, Dominique Pasquier explique l’engouement du jeune public pour Hélène et les garçons par le réalisme des sentiments qui y sont dépeints, en laissant de côté l’esthétique kitsch du feuilleton. Le fond primerait donc sur la forme. Avec Twilight, c’est tout à fait le même principe, mais l’esthétique, la forme sont totalement métaphoriques. L’adolescent est lui aussi, à sa façon, un vampire à la fois assoiffé et effrayé par son propre appétit et les conséquences possibles de celui-ci. Il semble tout à fait naturel qu’il s’identifie à des jeunes gens comme Edward et Bella, qui vivent dans un univers parallèle fantasmagorique, mais partagent leurs tourments.  Twilight n’est finalement rien de plus qu’une longue métaphore évoquant la découverte du sexe opposé et des rapports amoureux, avec toutes les inquiétudes et tous les doutes que ce bouleversement implique. Comme Hélène et les garçons, la saga évoque les grandes préoccupations de l’adolescence avec une certaine justesse, et propose une vision rassurante, réconfortante et positive de la chose. Reste une différence importante entre les deux, une différence criante : la dimension esthétique et l’ambiance. On retrouve un discours identique dans les deux cas, mais il est amené de façon opposée.

 

La passion amoureuse qui viendra sauver l’ado torturé


En effet, dans Twilight, le monde est sombre, menaçant… Le jeune public qualifierait cette ambiance de « gothique ». La seule lumière qui vient illuminer la pellicule du film, c’est la relation amoureuse qui fait irradier les deux héros, qui les sauve et les sublime. L’esthétique est tout simplement au goût du jour, et rejoint celle d’autres sucess-stories ayant conquis les ados ces dernières années. On pensera par exemple aux groupes Tokio Hotel, Evanescence ou même à leur ancêtre Indochine, qui furent les premiers à remettre au goût du jour le romantisme à la gothique.


Pour conclure, ce sont dans les plus vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes...

 

A mon sens, rien de neuf sous le soleil avec le phénomène Twilight. Sur la forme, la saga reprend une esthétique et un univers auxquels les ados sont sensibles depuis longtemps et qui correspond à merveille aux tourments de leur âge : le romantisme « gothique ». Sur le fond, Stephenie Meyer et Catherine Hardwicke ont tout simplement eu la finesse d’esprit de ne pas s’adresser à eux comme si elles parlaient à des adultes : le film, la série de romans leurs proposent un discours sur les rapports amoureux adapté à leur connaissance et leur expérience limitée de ceux-ci. Ils apportent des réponses rassurantes aux questions qu’ils se posent et apaisent leurs inquiétudes, bien compréhensibles puisqu’elles émanent d’un public qui ne dispose trop souvent que du paysage médiatique pour se faire une idée de ce que sont l’amour et la sexualité.  Twilight est une fiction initiatique, qui s’inscrit en porte-à-faux des discours dominants sur le sujet. C’est là que réside à mon sens la principale clef de ce succès considérable. Mais peut-on véritablement tirer de cette réflexion des enseignements plus généraux, susceptibles d’être utiles au professionnel de la communication ? Notons en tout cas que les observations que nous avons pu faire ici rejoignent largement celles de Magali Sombandhit dans l’article cité tout au début de ce billet. En parlant leur langage sans le caricaturer ni le singer, en véhiculant des valeurs et des sentiments qu’ils considèrent comme authentiques et vrais, une marque mettre davantage de chances de son côté pour toucher le public difficile des adolescents.

Par Géraldine Oury - Publié dans : Multimédia, Multi-médias
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus